Jeanne d’Arc est l’une des femmes du Moyen Âge que nous connaissons le mieux. Non qu’elle ait écrit sur elle-même – elle était illettrée – ni que ses contemporains aient beaucoup parlé d’elle – car son rôle historique fut très limité – mais grâce aux actes de son procès (1431) et à l’enquête de révision de 1450-1456.
Comment une fille de paysans des confins du royaume, âgée d’à peine dix-sept ans, put-elle obtenir d’un capitaine de forteresse une recommandation et une escorte, convaincre le roi de lui confier une armée qui parvint en quelques jours à faire lever le siège mis par les anglais devant Orléans ? Entraîneuse d’hommes mais souvent tenue à l’écart des manœuvres, la Pucelle accompagna l’armée de victoire en victoire puis, après avoir décidé Charles VII à se faire sacrer à Reims, ne subit plus que des revers – d’abord sous les murs de Paris – avant sa capture finale devant Compiègne, à peine plus d’un an après le début de son épopée.
Femme et laïque sûre de sa foi, tenant tête aux théologiens et condamnée par l’Église, Jeanne d’Arc fut une héroïne populaire à l’époque des Lumières, puis une paradoxale héroïne catholique au XXe siècle. On sait moins qu’elle eut en son temps des prédécesseurs et des continuatrices, que son mysticisme et sa prétention à jouer un rôle politique furent communs à d’autres prophétesses. N’est-elle pas surtout un des meilleurs témoins de l’histoire de son temps ?

Romain Telliez

Romain Telliez est Maître de conférences en histoire à Sorbonne Université.

Ses domaines de recherche croisent l'histoire politique et sociale de l'Occident médiéval, l'histoire de la France à la fin du Moyen âge et l'histoire de la justice.

 

Il est notamment l'auteur de :

 

- Le Moyen âge, XIe - XVe siècle, Paris, A. Colin (coll. « Récap »), 2011. 144 p.

- Jean Bonnardot, Confession authentique d'un bagnard, Matoury, Ibis Rouge, 2012. 258 p.

- Les institutions de la France médiévale - 2e éd. - XIe-XVe siècle, A. Colin, 2016, 272 p.