Déraison et imagination dans l’art de l’Europe des Lumières

L’époque des Lumières est celle de la raison, mais aussi celle de « l’invention de la liberté » (J. Starobinski). Les illustrateurs des contes célèbres relatant les aventures de Gulliver, de Robinson Crusoé et du baron de Münchhausen, les peintres représentant les légendes de Pygmalion et de Dibutades, les artistes tels que Boucher, Fragonard, Hogarth, Cozens, Gillray, Füssli, Goya, Piranèse, et les architectes comme Boullée et Ledoux, tous ont donné à voir une pluralité de mondes rendue possible par une imagination débridée. Le développement de la raison et de la rationalisation à l’époque des Lumières ne doit donc pas occulter le rôle capital de l’imagination et des « songes de la raison ». Car, selon les moralistes du xviiie siècle, la raison des Lumières ne saurait aller sans la déraison, tout comme le goût ne saurait aller sans dégoût.

 

Bibliographie :
  • Jean Starobinski, L’invention de la liberté, 1700-1789, suivi de : 1789, Les emblèmes de la raison, nouv. éd. Paris, Gallimard, 2006.
  • Daniel Arasse, Le siècle des Lumières, Paris, Ed. du Regard, 2016 (à paraître).

Arnaud MAILLET

Arnaud Maillet est Maître de conférences en histoire de l’art contemporain à l’université Paris-Sorbonne, et membre du Centre André Chastel, Laboratoire de recherche en histoire de l’art.

Ses travaux croisent l’histoire de l’art et l’histoire du regard.

Outre toute une série d’articles de fond édités dans des publications académiques françaises et étrangères, il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages dont Le miroir noir. Enquête sur le côté obscur du reflet, Paris, Kargo/L’Eclat, 2004 (éd. en langue anglaise (US) : The Claude Glass. Use and Meaning of the Black Mirror in Western Art, New York, Zone Books, 2003) et Prothèses lunatiques. Les lunettes, de la science aux fantasmes, Paris, Kargo/Amsterdam, 2007 (éd. en langue italienne : Gli Occhiali. Scienza, arte, illusioni, Milan, Raffaello Cortina, 2010).