Où manger ? Avec qui manger ? Quand manger ? Que manger ? : la sociabilité culinaire dans la littérature (du Moyen-Âge au XXIe siècle)

Le graal est la première manifestation d’un banquet extraordinaire ; mais Perceval, invité à la table du roi Pêcheur, n’a pas osé poser la question : « qu’est-ce que le graal ? ». Aujourd’hui encore, personne ne sait ce que contenait ce fameux « plat à poisson » destiné à sauver le monde…

Le banquet est ce temps fort de la représentation sociale qui intervient comme enjeu symbolique pour dire l’ordre du monde. Chacun doit, en effet, manger selon sa nature, sa fonction et son rang. Mais c’est sans compter sur les bouleversements du monde (et du nouveau monde !) : épices, goûts nouveaux, « service à la française », codifications des arts de la bouche, nouvelle cuisine, font entrer les convives dans un nouvel espace de sociabilité.

Le repas, pris avec les autres, interroge donc depuis les origines de la langue française la convivialité à table et la langue (qui mange et qui parle). Si l’on reçoit et si l’on est reçu jusqu’à la révolution française, dans les restaurants du XIXe siècle jusqu’à nos jours, on sort et on est vu. La littérature se fait le témoin de ce changement de sociabilité. Pourtant, ces deux modalités de la consommation sociale questionnent toujours, par la gastronomie, le rapport à l’autre. « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es » pourrait faire alliance avec un autre adage : « « Dis-moi avec qui tu manges, je te dirai qui tu es ».

Dans ce cadre nouveau, les propos de table se font littérature pour dire le monde par l’assiette !