Alors que, durant la première moitié du XXe siècle, le cycle haussmannien se poursuit sous les formes de ce que l’on dénomme post-haussmannisme, Paris à partir des années 1890 aborde d’autres mutations. L’insalubrité des logements, la croissance de la ville hors de l’enceinte militaire de Thiers, de nouvelles théories urbanistiques en provenance d’Allemagne, de Grande-Bretagne et des États-Unis appellent l'approfondissement des transformations parisiennes. 

La création des habitations à bon marché (HBM), la délimitation des îlots insalubres sur lesquels la ville serait refaite suivant des modalités hygiénistes, les grandes visions radicales de Le Corbusier et les grands projets urbanistiques des années 1950-1960 inspirés tant de la Charte d’Athènes que de l’idéal américain, font progressivement prévaloir des visées radicalement modernisatrices qui périment l’haussmannisme et même la forme de la ville historique. Le remplacement de la rue-corridor et d’un urbanisme d'îlot par un urbanisme de dalle et par une stratification des flux de circulation, comme à la Défense, aboutissent à des opérations de très grande ampleur qui sont de plus en plus critiquées. Les années 1970 marquent ainsi un basculement vers une conception de la ville plus raisonnée dans ses échelles, plus sensible à l’histoire et au patrimoine bâti. Les années 1980 et 1990 sont traversées par le souffle monumental des grands chantiers de François Mitterand (pyramide du Louvre, Opéra Bastille, ministère des Finances, Institut du Monde arabe, Grande Arche de la Défense), et surtout par une élévation de la qualité de l’architecture courante et des espaces publics (parc de la Villette, parc de Bercy). La seconde moitié du XXe siècle est marquée, enfin, par l’urbanisation d’une banlieue qui, jusqu’alors croissait pratiquement sans plan. Le Paris du second XXe siècle se fabrique hors ses limites administratives : les cinq villes nouvelles d’Île-de-France à partir de 1965 et, aujourd’hui, les grands travaux d’équipement et d’urbanisme, liés à la Métropole du Grand Paris (traitée par Patrizia Ingalina).

Bibliographie
  • Jacques Lucan (dir.), Eau et gaz à tous les étages. Paris, 100 ans de logement, catalogue d’exposition, Paris, Éditions du Pavillon de l’Arsenal, Picard, 1992.
  • Simon Texier, Paris contemporain. De Haussmann à nos jours. Une capitale à l’ère des métropoles, Paris, Parigramme, 2005.

Jean-Baptiste MINNAERT

Né en 1964, Jean-Baptiste Minnaert est professeur d’histoire de l’art contemporain à l’Université Paris-Sorbonne. Il préside l’Association d’histoire de l’architecture (AHA).

Spécialisé en histoire de l’architecture et de l’urbanisme du XXe siècle, Jean-Baptiste Minnaert a consacré en 1991 un ouvrage à l’architecte Pierre Barbe (1900-2004), puis sa thèse de doctorat à Henri Sauvage (1873-1932) et a publié trois livres sur l’architecte parisien (The Architectural Drawings of Henri Sauvage, 1994 ; Henri Sauvage, l’exercice du renouvellement, 2002 ; Henri Sauvage le rationaliste, 2011). Il a travaillé aussi sur l’architecture des faubourgs de Paris (Le faubourg Saint-Antoine, architecture et métiers d’art, 1998), sur la ville-satellite d’Héliopolis au Caire, sur l’historiographie de l’architecture et du patrimoine contemporains (Histoires d’architectures en Méditerranée, XIXe-XXe siècles, 2005). Il travaille actuellement sur la périurbanisation à laquelle il a consacré un colloque et des actes publiés (Périurbains, territoires, réseaux et temporalités, 2013) et a parallèlement travaillé sur l’architecture à Tours aux XIXe-XXIe siècle, à laquelle il consacre un ouvrage à paraître (Tours. Métamorphoses d’une ville, 2016).